Le cerf, maître ou adversaire ?

Que nous ayons été marqués par Bambi dans notre enfance, que nous habitions à proximité d’une forêt ou alors que nous appréciions la chasse à courre, le personnage du cerf en impose à tous. Altier, coiffé de ses hauts bois, il habite la forêt qui, nous le savons, est son domaine. Preuve en est dans les divers châteaux : la galerie des trophées est ornée de ces massacres, pourtant souvent une date, qui témoignent pour la postérité du mérite à vaincre un tel animal. Je vous propose de contempler deux tableaux illustrant ces deux facettes de l’animal : le maître de la forêt ou le digne adversaire d’un valeureux chasseur.


Dans le premier tableau, Monarch of the Glen, le peintre a étonnamment choisi de représenter le cerf comme on l’aurait fait de manière classique pour le portrait d’un personnage important. Imaginez un homme satisfait de sa personne, élégamment habillé, qui serait campé dans la pièce la plus luxueuse de sa maison pour faire état de son rang et de sa richesse. Ainsi en est-il de notre cerf. Fier, le regard superbe, il pose dans son habitat naturel, une magnifique vallée sauvage (« Glen ») des Highlands. Chez lui, point de mépris mais un juste orgueil « de rang », pourrait-on dire. Il est le monarque et le sait, le titre du tableau lui rend d’ailleurs cet hommage. Edwin Landseer, peintre naturaliste anglais, protégé de la reine Victoria (on sait le goût de cette souveraine pour les terres sauvages d’Ecosse !), n’hésite pas à aller longuement observer les animaux dans leur milieu naturel pour les représenter le plus fidèlement possible. Ici l’homme n’a pas sa place, le règne animal s’impose et le peintre s’efface.


Le second tableau, cette fois français, représente l’Hallali du Cerf. C’est un tableau de très grande taille (3,55 par 5,05 mètres !) qui fit scandale à sa présentation, le format étant habituellement réservé à des scènes historiques ou religieuses. Gustave Courbet décide ainsi de donner une solennité particulière à cet instant si particulier où l’animal, poursuivi depuis des heures par les chasseurs et les chiens, s’effondre. Sa silhouette brune se détache sur le fond de neige, et même agonisant, on ne voit que lui. Il a perdu face à l’homme qui se tient droit devant lui et le frappe de son fouet, et cependant il se bat jusqu’au bout. La scène est pleine de tension, le cheval à droite se cabre et les chiens, qui se reposaient après leur course, sont prêts à bondir. C’est un combat à mort dont l’issue est déjà connue, ce qui ne l’empêche pas de se dérouler dans une ambiance dramatique accentuée par la rudesse des coups de pinceau qui ajoutent au réalisme de la représentation.

Alors, préférez-vous le cerf maître du premier tableau aux tonalités douces et au dessin paisible, ou le cerf dompté par l’homme du deuxième tableau, contrasté et plein de violence ?


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