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Contempler

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S avez-vous que le radical de ce mot est « temple », issu du latin templum , lui-même provenant du grec temno qui signifie « découper » ? Mais que découpe le sanctuaire sacré ? Il délimite sur la terre un espace divin, faisant la frontière entre la terre des hommes et celle des dieux. C’est ce que fait également celui qui contemple : il fait le tri, enveloppant du regard ce qui l’entoure et créant en lui-même un sanctuaire élevant ce qui est à ses yeux admirable. Il se détache du reste, le commun et l’éphémère, pour ne garder que ce qui est s’impose et doit être conservé : la beauté donc. « La beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple. » David Hume Contempler, cum-templum « avec le temple », c’est voir plus loin, au travers, habiter les lieux sacrés pour mettre en lumière leurs principes cachés. « Il naît encore une opération de la liaison que l’attention met entre nos idées, c’est la contemplation : elle consiste à conserver, sans interruption, la perception,...

Berthe Morisot, ou la clarté impressionniste

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L ’ une des rares femmes de l’aventure impressionniste s’était spécialisée dans la peinture de l’univers familial et intime, avec son regard délicat et tendre. Le berceau , musée d’Orsay, 1872. E dma, la sœur aînée  de l’artiste, vient d’avoir son premier enfant, et contemple, attentive, le sommeil du nourrisson. Voilà le thème choisi par Berthe Morisot pour l’œuvre qu’elle présentera à la première exposition des peintres impressionnistes, en 1874.  [1]    Déjà, sa délicatesse est remarquée, fruit d’une technique éprouvée :  « La façon dont Berthe peint cette enfant avec des blancs détrempés, des gris frottés et des petits points roses parsemés sur le bord du tissu suppose un pinceau extraordinairement libre qui contraste avec les traits bien dessinés de la mère. »   Artiste-peintre de grand talent , Berthe Morisot, née en 1841, a reçu avec ses sœurs une éducation raffinée, car son père est un grand amateur d’art. Elles réclament des cours de...

Vivre pour les autres

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« P ourquoi suis-je heureux ? Et pourquoi ai-je vécu jusqu’ici ? Comme j’étais exigeant pour moi-même, comme je cherchais loin et ne me suis procuré que honte et chagrin ! Et pourtant, je le vois, je n’ai besoin de rien pour mon bonheur ! » Et soudain un monde nouveau se découvrit à lui. « Le bonheur, le voici, se dit-il à lui-même,  le bonheur consiste à vivre pour les autres . C’est clair. L’homme a reçu un appétit de bonheur ; donc cet appétit est légitime. En le satisfaisant égoïstement, c’est-à-dire en recherchant pour soi richesse, gloire, commodités de l’existence, amour, il peut se faire que les circonstances ne permettent pas de satisfaire nos désirs. Ainsi, ce sont ces désirs qui sont illégitimes, et non l’appétit de bonheur. Alors, quels sont les désirs qui peuvent toujours être satisfaits, en dépit des conditions extérieures ? Lesquels ? La charité, et le renoncement ! » Tolstoï,  Les Cosaques  (1863...

Gentil coquelicot mesdames

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La fleur de coquelicot, à la fois fragile et envahissante, intéresse poètes et peintres. Au Royaume-Uni, le « poppy » est même le symbole du Souvenir : première fleur à repousser sur les champs de bataille, sa couleur rouge est celle du sang versé. Tous les personnages publics, la famille royale en tête, l’arborent à la boutonnière lors des cérémonies commémoratives.   Dessin botanique extrait du  Köhler's Medizinal-Pflanzen (1887). A l’inverse du camélia déconcertant, le coquelicot dresse dans les champs sa fleur sauvage et frêle,  résistante et singulière, que personne n’a plantée, dont la flamme parcourt les champs comme un message. Proust, Jean Santeuil S avez-vous que le coquelicot est de la famille du pavot ? Très commun en Europe, originaire du pourtour méditerranéen, il s’est raréfié à cause de l’usage massif de désherbants, mais on voit réapparaître ses grandes fleurs rouge vif ...

Marie Noël, la poétesse d'Auxerre

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Marie Noël a su convertir la mélancolie de son existence parfois difficile en poésie profonde et inspirée, grâce à son talent et sa grande sensibilité. D e son vrai nom Marie Rouget, elle est née en 1883 à Auxerre dans une famille aisée et cultivée. C’est une bonne pianiste et elle aime beaucoup lire. Sa vie semble facile... et pourtant, elle est émaillée de grandes souffrances personnelles : un amour de jeunesse déçu (le jeune homme qu’elle aime en secret quitte la ville sans s’être rendu compte de rien), la mort de son jeune frère Eugène un lendemain de Noël, l’attente d’une âme sœur qui ne viendra pas, des crises de foi profondes… Constamment déchirée entre sa foi quasi-mystique et son désespoir parfois intenable, elle trouve sa vocation dans l’écriture poétique. Celui qui n’a besoin de rien, tout lui manque.  Misère de l'homme qui se suffit,  de l’esprit comblé de lui-même.  Toute la valeur de l'homme est dans sa recherche, son appel, son désir. (Notes intimes) Sa v...

La force d'être heureux

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  « E coutez ! Je sais que parler ne signifie rien ; mieux vaut prêcher d’exemple et se mettre simplement à l’œuvre… J’ai déjà commencé… et… et est-ce réellement on peut être malheureux ? Oh ! Qu’importent mon affliction et mon malheur si je me sens la force d’être heureux ?  Je ne comprends pas, sachez-le, qu’on puisse passer à côté d’un arbre sans éprouver à sa vue un sentiment de bonheur, ou parler à un homme sans être heureux de l’aimer… Oh ! Les paroles me manquent pour exprimer cela… mais combien de belles choses nous voyons à chaque pas, dont l’homme le plus dégradé ressent lui-même la beauté ? Regardez l’enfant, regardez l’aurore du Créateur, regardez l’herbe qui pousse, regardez les yeux qui vous contemplent et qui vous aiment… » Dostoïevski,  L’idiot  (Quatrième partie, ch. VII)

La comtesse de Ségur, grand-mère modèle

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Les rayonnages de la Bibliothèque Rose regorgent de romans de la comtesse de Ségur, dont certains sont connus de tous comme Les malheurs de Sophie . Sous leur allure enfantine, la morale est très saine et les histoires remarquablement racontées : à mettre dans toutes les petites mains ! S ophie Rostopchine est née en Russie en 1799. Elle est issue d’une famille noble, et reçoit une excellente éducation. Son père, le comte Fiodor Rostopchine est maire de Moscou et possède le domaine de Voronovo, une vaste propriété où travaillent 4000 serfs. Sophie est une petite fille turbulente, corrigée sévèrement par sa mère qui lui inflige de dures punitions : privation de nourriture, enfermement, humiliations, coups. Cela la marque durablement et cette thématique reviendra souvent dans ses romans, comme Les malheurs de Sophie  qui s'inspire directement de sa propre expérience.  A treize ans , elle se convertit de l’orthodoxie au catholicisme contre l’avis de son père. Celui-ci est disgra...

La pluie de la joie

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« E t, au fond, ça donnait tout à coup l’idée que sur un de ces chemins ou peut-être sur tous on pouvait rencontrer la joie. Et alors, on avait envie de partir et on pensait que peut-être la joie était au-dessus des chemins de la terre comme un arc-en-ciel, et qu’elle les enjambe tous, et que quand on ne la voit pas, c’est seulement parce qu’on est mal placé, il suffit alors de marcher pour arriver à l’endroit où l’on sera dans la pluie, sous la pluie luisante de la joie, n’est-ce pas ? » Jean Giono,  Que ma joie demeure  (1935) L'image que je me fais de la pluie luisante de la joie : c'est une giboulée de mars ! Tableau : Jean-François Millet,  Le printemps  (1873, musée d’Orsay)

Manie de la tulipe !

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Au milieu du XVII e  siècle, en Hollande, l’engouement autour de cette fleur considérée maintenant comme modeste et courante, la tulipe, a pris une ampleur démesurée. Jean-Léon Gérôme,   Folie tulipière , 1882.  Des soldats sont payés à garder les champs de tulipes pour éviter les vols ! A u plus fort de cet étonnant épisode   appelé la Tulipomanie, un seul bulbe de tulipe se négociait plus de dix fois le montante du salaire annuel d'un ouvrier ! Pas étonnant que la tulipe ait été utilisée par la  suite comme symbole de la vanité : payer autant pour un objet aussi périssable qu'une fleur révèle bien la vacuité de l'âme humaine, décrite dans l'Ecclésiaste :  « Vanité des vanités, tout n’est que vanité… ». Philippe de Champaigne, Vanitas ou Allégorie de la vie humaine, 1646. Mais pourquoi donc  les hollandais se sont-ils pris de passion pour la tulipe ? C’est justement au XVII e  siècle que l’art du fleurissement des jardins a é...

Gaud, entre l'amour et la mer

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Margaret Campbell Mac Pherson  (1860-1931),  Bretonne devant la Baie «  De loin, tout paraît toujours si facile,  si simple à dire et à faire.  » M arguerite , dite Gaud, est originaire de Paimpol, petit port breton de la côte nord, mais a grandi à la ville après la mort précoce de sa mère. Devenue une « demoiselle », elle rentre au pays. Là, elle souffre du regard des autres, car elle sent bien que son statut de citadine l’a éloignée des gens du village. Elle rencontre un garçon de son âge, Yann, un islandais – ces pêcheurs partaient plusieurs mois par an pêcher en Islande. Il ne semble avoir d’yeux que pour la mer : « Moi !... Un de ces jours, oui, je ferai mes noces – et il souriait, ce Yann, toujours dédaigneux, roulant ses yeux vifs – mais avec aucune des filles du pays ; non, moi, ce sera avec la mer, et je vous invite tous, ici tant que vous êtes, au bal que je donnerai… » Toute l’histoire est centrée autour de la vie de ce...