Sainte Lydie, la marchande de pourpre

C’est dans les Actes des Apôtres que l’on fait la connaissance de Lydie, femme remarquable à de nombreux égards !

Lydie et les femmes de Philippes écoutent saint Paul au bord de la rivière (Harold Coppling, 1927).

Venue d’Asie mineure (de Thyatire exactement, en actuelle Turquie), Lydie s’est installée à Philippes, capitale de la Macédoine, pour y faire commerce de pourpre. Ce colorant, issu d’un coquillage, est rare et cher, et réservé aux personnalités importantes. On peut donc penser que Lydie est une femme plutôt aisée, elle possède d’ailleurs sa propre maison.

La pourpre : le coquillage et les étoffes teintées du pigment qui en est extrait.

Elle n’est pas juive, mais elle craint Dieu. Dans la ville de Philippes, il n’y a pas de synagogue : qu’à cela ne tienne, elle se réunit pour prier avec d’autres femmes au bord de la rivière. C’est là que saint Paul, fraîchement débarqué en Grèce avec ses compagnons, la rencontre. Voici le récit qu’en fait saint Luc dans les Actes des Apôtres (au chapitre 16) :

« Nous avons passé un certain temps dans cette ville [de Philippes] et, le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis, et nous avons parlé aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre originaire de la ville de Thyatire et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul. Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : ‘‘Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer.’’ C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main. »

Quelle audace de la part de cette femme, qui ose « forcer la main » aux apôtres pour qu’ils acceptent son hospitalité ! C’est là la véritable humilité de celle qui remplit tout simplement la mission qui lui a été confiée : recevoir les porteurs de la Parole pour créer la première Eglise chrétienne du pays.

‘‘Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur,
venez donc dans ma maison pour y demeurer.’
 

La suite du séjour de Paul et ses compagnons s’avère en effet rocambolesque : arrêtés et emprisonnés, ils sont miraculeusement libérés de leur geôle, baptisent au passage le gardien et, au terme d’un curieux procès, sont sommés de quitter la ville. Avant de partir, ils passent dans la maison Lydie, car c’est désormais là que la petite communauté se tient : « Une fois sortis de la prison, Paul et Silas entrèrent chez Lydie ; ils virent les frères et les réconfortèrent, puis ils partirent. »

Lydie, femme de tête et de cœur, est donc la fondatrice de l’Eglise de Philippes. Saint Paul l’affectionne particulièrement, comme on le voit dans la lettre qu’il envoie aux Philippiens quelques années plus tard (vers 56-57) : « oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. » La communauté a alors bien grandi, puisque saint Paul cite les « responsables et ministres de l’Eglise » dans son en-tête et se réjouit des beaux fruits qu’elle porte : « J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. »

Il n’est pas fait mention de Lydie, peut-être est-elle décédée, ou a-t-elle dû quitter la région pour son commerce. Toujours est-il que c’est bien grâce à elle que la « communion » avec l’apôtre a pu se faire, « dès le premier jour et jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Evangile » comme le dit saint Paul dans sa lettre. Ì

Sainte Lydie est fêtée dans les Eglises d’Orient (le 3 août) et d’Occident (le 20 mai).

Vestiges romains à Philippes.

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