Perdu dans les labyrinthes

 Jeu ou voie initiatique, lieu piégé ou itinéraire tracé, le labyrinthe a de multiples significations qui se sont développées selon les époques. Petit guide pour se retrouver dans les méandres de ses chemins !

Le labyrinthe de Chartres (début XIIIe siècle).

En entrant dans la cathédrale de Chartres, le pèlerin découvrait au sol un étonnant labyrinthe de pierre, au chemin tortueux. Invité à le parcourir à genoux, il y entrait en se dirigeant vers le centre mais était vite détourné par de nombreuses sinuosités, avant d’arriver enfin au cœur qui portait la figure du Christ rédempteur. Ce chemin symbolique représente celui du chrétien : parfois éloigné du Sauveur, l’ayant même perdu de vue, il ne doit pas se décourager. Le parcours est long, on dit qu’on y mettait le même temps que pour marcher une lieue ! Sa particularité est qu’il n’a qu’une seule possibilité, il n’y a pas de pièges ou d’impasses. Le message est donc plein d’espérance : pour qui persévère et continue d’avancer, le Christ se dévoilera à la fin et nos tribulations ne sont pas vaines. 

 Thésée tire le Minotaure hors du labyrinthe (400 av. J.C.)

On objectera, à raison, que cette figure n’a initialement rien de chrétien : en effet ! On observe d’ailleurs des labyrinthes très anciens, dès la Préhistoire, et dans de nombreuses civilisations. Le nom de « labyrinthe » vient d’un mythe grec : il s’agit de la construction faite par l’architecte Dédale, sur ordre du roi Minos de Crète, pour séquestrer le montre Minotaure, mi-homme mi-taureau. Le poète Virgile décrit L’Enéide :

« Il recélait en ses murs aveugles le lacis de ses couloirs et la ruse de ses mille détours »

C’est donc un endroit effrayant et hostile, dont on ne doit pas ressortir vivant. Seul le héros Thésée, aidé du fil d’Ariane, parvient à s’en échapper après avoir vaincu la bête. C’est le symbole repris par les chrétiens : le Christ est le vainqueur du mal et sort vivant de son combat contre la Bête.

 
Parterres d’un jardin corinthien, Vredeman de Fries, Hortus Viridariorum (XVIe siècle).

La Renaissance remet l’Antiquité à l’honneur, pour le plaisir de l’aristocratie qui construit des labyrinthes de verdure dans les jardins en lieu et place des jardins médiévaux en carrés. C’est aussi à ce moment qu’ils disparaissent des églises, perdant leur dimension sacrée au profit de l’agrément des promeneurs. Charles V, François Ier, Charles Quint, tous en font aménager dans leurs résidences. L’idée d’un parcours aux multiples détours est récréative et ludique. Ainsi, le jardin labyrinthe (aujourd’hui disparu) de Versailles fut conçu par Le Nôtre, Le Brun, Perrault et La Fontaine. Il comprenait différentes salles avec chacune une fontaine qui représentait une fable d’Esope, dessinant une cartographie des comportements humains : la fragilité de la condition humaine, la recherche de la gloire, l’illusion, le libre arbitre, etc. C’est une nouvelle morale laïque qui s’ébauche ici, avec la figure de l’honnête homme chère aux humanistes.
 
Jeu de l’oie (1850).

La version miniaturisée du labyrinthe envahit même les salles de jeu pour enfants à partir du XVIe siècle : il s’agit du célèbre jeu de l’oie, que nous connaissons tous ! Les oies sont connues pour être de bonnes gardiennes, qui avertissent du danger : encore une métaphore de la vie semée d’embûches. Le jeune Louis XIII affectionnait particulièrement ce jeu. Une bonne raison pour en faire une partie avec vos enfants un après-midi de pluie ?
 
Labyrinthe végétal au château de Thoiry (Yvelines)

Où voir des labyrinthes en France ?

  • Edifices religieux :
- cathédrale de Bayeux, salle du chapitre (Calvados)
- cathédrale de Chartres (Eure-et-Loir)
- cathédrale de Mirepoix, chapelle de l’évêque (Ariège) : version miniature ! 
- cathédrale de Saint-Omer (Pas-de-Calais)
- basilique de Guingamp (Côtes-d’Armor)
- cathédrale d’Evry (Essonne)
  • Labyrinthes végétaux : il y en a dans de nombreux parcs de châteaux, ainsi que des labyrinthes de maïs dans les champs. Renseignez-vous près de chez vous !

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