La Vierge de Saint-Germain-des-Prés
Découvrez l’histoire de cette statue pas comme les autres.
Fendue en deux en son milieu, la statue, située à l’orée du chœur de Saint-Germain-des-Prés, étonne. Est-ce une œuvre contemporaine ? Non, on reconnaît bien l’allure gracieuse d’une Vierge à l’Enfant gothique. Le visage, marqué d’un demi-sourire, est finement ciselé. Le reste, en revanche, est seulement dégrossi, en particulier l’enfant qui est juste ébauché. Alors, que lui est-il arrivé ?
Déplaçons-nous rue de Fürstenberg, non loin de l’église, en 1999. Une campagne de fouilles met à jour les vestiges de l’ancienne abbaye. C’est là qu’on découvre cette statue en deux morceaux, enterrés là tel quels. Une explication s’impose : le bloc de pierre, sans doute fragilisé par une fissure invisible de l’extérieur, s’est cassé sous le ciseau du sculpteur du XIIIe siècle.
A l’époque, par respect pour la figure représentée, on ne réutilisait pas le bloc de pierre quand celui-ci se fissurait ou quand le sculpteur faisait une erreur : il était inimaginable de briser une représentation de la Mère de Dieu ou d’un Saint ! Alors, on l’enterrait tout simplement sur le lieu du chantier.
On retrouve cette règle dans le Livre des Métiers, rédigé au temps de Saint Louis vers 1268 par Étienne Boileau, prévôt de Paris. C'est avec émotion qu'on parcourt ces pages où sont détaillées les règles des différents corps de métiers parisiens, allant du chandelier au tailleur et du foulon au tapissier. Il est intégralement consultable sur le site de la BNF . Voici transcrit l'article en question en français moderne, dans le chapitre LXI concernant les « Ymagiers Tailleurs de Paris » :
Nul ouvrier du métier ne peut ni ne doit travailler sur une pièce qui ne serait pas toute d’une pièce (hors la couronne). Il faut écarter les pièces brisées à la taille, car on ne peut bien les rejoindre, et elles ne sont ni bonnes ni conformes.
Il est aisé d’imaginer le dépit de l'artisan, déjà fier de son beau visage si doux, et forcé à reprendre tout son travail... Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit-on. C'est ainsi que cette délicieuse Vierge a pu parvenir jusqu’à nous, et on se prend à rêver aux centaines de merveilles inachevées qui doivent dormir dans les sols près de nos cathédrales.

Les maîtres imagiers, donateurs du vitrail de St Chéron (cathédrale de Chartres).

Commentaires
Enregistrer un commentaire