Denise, jeune fille aimante et courageuse
Au Bonheur des Dames, le tome 11 de la saga des Rougeon-Macquart de Zola (1883) raconte l’histoire de Denise, « montée » de sa Normandie natale vers Paris, avec ses deux jeunes frères, pour trouver du travail après le décès de ses parents. Propulsée chef de famille à vingt ans à peine, elle fait preuve d’un courage et d’une maturité immenses.
C’est sous ses yeux lucides mais bienveillants que l’on voit se dérouler l’aventure des grands magasins parisiens, temples de la consommation, et la mort des petits commerces de quartier qui s’ensuit. Ces magasins de « nouveautés », comme on disait à l’époque, excitent le désir des femmes et les poussent à une frénésie d’achats par leurs bas prix et le renouvellement constant des produits. A l’inverse de cette tendance, Denise reste simple, pragmatique, et moralement irréprochable, inaccessible à la tentation et aux compromis. Elle n’est pas insensible, loin de là, mais sait se maîtriser.
« Toujours elle avait cédé au premier excès de sa sensibilité : des larmes la suffoquaient, sa passion doublait ses tourments ; puis, elle rentrait dans sa raison, elle retrouvait un beau courage calme, une force de volonté douce et inexorable. »
Zola l’a imaginée à part, « entre l’ouvrière et la dame », avec les qualités de l’une et l’autre. Il disait : « Je [la] veux maigrichonne, timide, taillée, presque ahurie, écrasée, puis, peu à peu, je la développe au milieu de l’élégance du magasin, elle se fait : alors, le caractère qui apparaît posé, sage, pratique […] surtout ne pas en faire une rouée ou une femme à calcul ».
Denise n’est une sainte-nitouche : elle s’offusque des injustices, plaide pour un meilleur traitement des employés et s’attriste réellement des malheurs des autres. Sa plus grande qualité est la douceur, qui la fait avancer sans dévier sur le chemin qu’elle s’est tracé.
« Denise apportait tout ce qu’on trouve de bon chez la femme, le courage, la gaieté, la simplicité ; et, de sa douceur, montait un charme, d’une subtilité pénétrante de parfum. »
En lisant ce portrait, je ne peux m’empêcher de penser à la femme parfaite du livre des Proverbes : « Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle précieuse plus que les perles ! […] Elle rayonne de force et retrousse ses manches […] Sa bouche s’exprime avec sagesse et sa langue enseigne la bonté. Attentive à la marche de sa maison, elle ne mange pas le pain de l’oisiveté. »
Une belle trajectoire de vie… et qui finit bien ! A lire sans hésitation même si vous n’êtes pas adepte de la littérature naturaliste du XIXe siècle.


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