Oiseaux de paradis
La nature, et tout particulièrement les oiseaux des îles, sont une source d’inspiration inépuisable pour les artistes.
Isaak Van Oosten, le Jardin d’Eden
(détail), v. 1655
Les oiseaux apparaissent au cours
du XIXe siècle comme un thème récurrent dans la joaillerie, dans la
mouvance naturaliste de ce siècle scientifique qui explore le monde. Le goût du
voyage, la découverte de contrées lointaines trahit un certain romantisme, une
nostalgie de l’Eden perdu qui se retrouve dans ces œuvres pleines de vie. Les
oiseaux de paradis, au plumage coloré et à la silhouette délicate, font
d’excellents sujets pour des broches époustouflantes : toutes les pierres
les plus colorées trouvent leur place dans un feu d’artifice éblouissant et
si gracieux !
Cet intérêt pour la nature n’est pas nouveau : pensons à l’œuvre de Buffon par exemple, cet immense naturaliste du XVIIIe siècle. Les illustrations des livres d’histoire naturelle sont de véritables petits bijoux ! Le dessin est non seulement d’une grande précision dans la représentation des formes et couleurs, ce qui témoigne d’un travail d’observation minutieux, mais la composition d’ensemble est également très harmonieuse. On les regarderait juste pour le plaisir, alors que ce sont au départ des comptes-rendus scientifiques de nature plutôt encyclopédique et descriptive.
Avant la période des lumières qui
instaure cet esprit de recherche –les savants voulant comprendre le monde par
le moyen de l’esprit humain– les artistes avaient une attitude plus
contemplative vis-à-vis de la Création. Les plus belles méditations picturales
à ce sujet sont à mon avis les représentations du Paradis terrestre, comme dans le tableau d'ouverture de l'article. On y
trouve un foisonnement de plantes et d’animaux, représentés avec un
émerveillement émouvant, dans une harmonie à jamais perdue. Les oiseaux y
occupent souvent une part de choix, car ils sont les habitants des Cieux et ont
donc tout naturellement une position stratégique dans la communication avec le
Tout-Puissant.
L’oiseau est ainsi un maître
spirituel dans différentes traditions religieuses. En témoigne cette
délicate enluminure perse, peinte vers 1600. Elle illustre une scène tirée d’un
poème mystique intitulé Mantiq al-tair (la conférence des oiseaux),
œuvre de Farid al-Din ‘Attar, poète iranien du XIIe siècle. Les oiseaux,
qui symbolisent les âmes à la recherche du « simurgh » (oiseau
mythique représentant l’unité spirituelle parfaite), sont réunis dans un
paysage idyllique, à la veille d’un pèlerinage sous la gouverne d’une huppe
(perchée sur un rocher, au centre). Chacun illustre une faiblesse ou
un caractère humain qui doit se purifier par différentes étapes. Je termine
avec un extrait de ce très beau poème, où la huppe parle aux oiseaux
découragés :
« Oiseaux de
peu de foi,
Quel amour pourrait naître
d’un cœur timoré ?
N’êtes-vous donc pas las, mendiants,
de vivre en vain ?
On ne peut à la fois aimer et être lâche.
Quiconque a su ouvrir son regard à l’amour
Entre entier dans la danse,
prêt à jouer sa vie. »
(traduction du persan : Leili
Anvar, éd. Diane de Selliers)





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