Mathilde de Toscane, soutien indéfectible de la papauté
Au XIe siècle, la position de l’Eglise est politiquement délicate et le rôle de la puissante comtesse Mathilde a été décisif dans le renforcement de l’autorité papale.
(Paolo Farinati, 1587, abbaye de Polirone).
Mathilde de Canossa est bien née : elle est la fille du duc de Toscane Boniface III, et par sa mère, petite-fille de Frédéric II, duc de Haute-Lotharingie. Les familles de pouvoir sont alors très exposées : son père est assassiné en 1052, tandis que sa sœur et son frère décèdent dans des circonstances douteuses. Seule héritière de sa lignée, elle reçoit une éducation très masculine et tournée vers ce que l’on appellerait maintenant la géopolitique : langues (français, latin et allemand), équitation et art de la guerre.
Les relations sont
en particulier très tendues avec l’empereur Henri III du Saint-Empire. La mère
de Mathilde ayant épousé en secondes noces son cousin Godefroid II de
Basse-Lotharingie sans son approbation, il enlève la mère et la fille, et les
maintient séquestrées. Elles ne sont libérées qu’à sa mort en 1056. Mariée un
temps à Godefroid III, fils du précédent, Mathilde est rapidement veuve et perd
également sa mère : la voici seule maîtresse des possessions familiales à
la fois en Italie et en Lotharingie.
« Dévote,
riche et puissante », Mathilde, conseillée par l’évêque Anselme
de Lucques, met alors toute son énergie et ses moyens importants au service de
l’Eglise. Elle n’hésite pas à combattre ceux qui s’opposent au pape, organisant
ses troupes et échafaudant des stratégies. Grégoire VII entame en effet sa
réforme que l’on qualifiera plus tard de « grégorienne », qui
veut s’attacher à purifier les mœurs du clergé. Elle soutient le parti du pape
pendant la querelle des Investitures : l’empereur du Saint-Empire voulait
nommer lui-même ses évêques au lieu de laisser ce rôle au pape, qui ne céda
pas. Le 25 janvier 1077, c’est d’ailleurs au château de Canossa que Henri IV
viendra faire amende honorable au pape après cet épisode, ce qui a donné
l’expression « aller à Canossa ».

L’empereur Henri IV s’humilie à Canossa devant Mathilde de Toscane,
en présence de saint Hugues de Cluny (Vita Mathildis, 1111-1116).
Mathilde envoie
ses milices pour protéger l’élection du nouveau pape Urbain II, proche
comme elle de saint Hugues de Cluny, sixième abbé de la célèbre abbaye
bénédictine, tandis que l’empereur allemand essaie d’imposer un anti-pape.
Jusqu’à sa mort, en 1115, et au-delà, elle veille sur la papauté, cédant par
une donation l’ensemble de ses Etats et possessions au Saint-Siège. Inhumée
comme elle l’avait souhaité en l’abbaye Saint-Benoît de Polirone, son corps est
par la suite transféré dans la basilique Saint-Pierre de Rome sur ordre du pape
Urbain VIII qui lui fait édifier un somptueux tombeau, en hommage à son
dévouement. Ì
Une comtesse guerrière
Peut-être avez-vous été étonnés de
lire l’histoire de cette femme du Moyen-Âge qui guerroie comme un homme. A l’époque, cela
avait évidemment posé question au plus haut niveau de l’Eglise.
L’évêque Anselme de Lucques, ami de Mathilde, estima
qu’en ces temps troublés, le pape avait réellement besoin d’un bras armé, et
Mathilde étant le soutien le plus puissant qu’il avait, il était naturel qu’il
fasse appel à elle. Berthold de Constance, moine de l’abbaye de Reichenau, vit
en elle « le plus fidèle des soldats de saint Pierre ». Hugues
de Flavigny la décrivit comme une virago faisant preuve d’un courage
viril devant l’empereur Henri.
Tout cela allait cependant à l’encontre de la mission
de la femme selon la tradition de l’Eglise, et les prélats de l’entourage du
pape durent se justifier. Ils évoquèrent les femmes fortes de l’Ancien
Testament, telles Deborah, Judith ou Yaël qui allèrent au combat pour sauver
leur peuple, car leur cause était juste. Ainsi, Mathilde n’avait pu vaincre
qu’avec l’aide de Dieu, comme David face à Goliath. A circonstances
exceptionnelles, destin exceptionnel !
D’après l’article
de Sophie Cassagnes-Brouquet, « Au service de la guerre juste. Mathilde de
Toscane (XIe -XIIe siècle) », publié dans Clio [En ligne], 39 |
2014.

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