Sonia la pure
Vue d'une place de Saint-Pétersbourg à l'époque du récit.
Personnage secondaire du roman Crime et châtiment du romancier russe Dostoïevski (paru en 1866), Sonia apporte une lumière étonnante à cette histoire pourtant bien sombre : un étudiant, vivant dans une extrême pauvreté, projette l’assassinat d’une vieille prêteuse à gages et réalise froidement cet acte odieux. Il en subit durement les conséquences morales, physiques et psychologiques, sans pour autant regretter son geste ignoble ni avoir des remords.
C’est après cela qu’il rencontre Sofia Semionovna Marmeladova dite Sonia, jeune fille vertueuse et exigeante, livrée en pâture à la prostitution par sa famille indigne. Malgré cette activité avilissante, elle garde une pureté d’âme remarquable et tombe amoureuse de l’anti-héros. Quelle surprise ! Comment une jeune fille de valeur comme elle, peut-elle aimer un être aussi vil et bassement mauvais que ce Raskolnikov ? Mystère… Et pourtant, elle s’attache à lui et veut le sauver, pour l’amour de Dieu. Elle le presse :
– Va, tout de suite, à la minute, mets-toi à un croisement, incline-toi, embrasse d’abord la terre que tu as souillée, et puis, incline-toi devant le monde entier, aux quatre directions, et dis, à haute voix : « J’ai tué ! » Alors, Dieu t’enverra la vie, une nouvelle fois. (II)
La situation semble pourtant désespérée. Que faire d’un assassin, non repenti, fuyant la police et ses créanciers ? Elle ne perd pas courage et œuvre par la douceur auprès du pécheur. Car c’est sa foi qui lui donne sa force, presque surhumaine.
– Alors, tu Le pries beaucoup, Dieu, Sonia ? demanda-t-il.
– Qu’est-ce que je serai, sans Dieu ? chuchota-t-elle d’une voix précipitée et énergique, après avoir jeté soudain sur lui un regard étincelant, et elle lui serra la main très fort. « C’est ça, elle en est là ! » se dit-il.
– Et Dieu, pour ça, qu’est-ce qu’Il te fait ? demanda-t-il, interrogeant plus loin.
Sonia se tut très longuement, comme incapable de répondre. Sa petite poitrine était toute bouleversée par l’émotion.
– Taisez-vous ! Ne posez pas de questions ! Vous n’êtes pas digne !… s’exclama-t-elle soudain, lançant sur lui un regard de colère inflexible. « Oui, oui, elle en est là » se répétait-il en enfonçant le clou.
– Il fait tout ! chuchota-t-elle très vite, rebaissant les yeux. (II)
Va-t-elle réussir à convertir l’assassin ? La suite, vous la lirez dans ce roman éprouvant qui vous traîne dans les bas-fonds du Saint-Pétersbourg de la fin du XIXe siècle. Une histoire de rédemption qui ne laisse pas indemne.
« La souffrance et la douleur sont toujours obligatoires pour une vaste conscience et un cœur profond.
Les hommes authentiquement grands doivent, il me semble, éprouver sur terre une grande tristesse. »

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