Le bleu de Notre-Dame
Depuis le Moyen-Âge, la couleur bleue est associée à la Vierge Marie et on a longtemps habillé les petites filles de cette couleur pour les mettre sous sa protection.
Notre-Dame de la Belle Verrière,
reproduite ci-dessus, est l’un des vitraux les plus célèbres de la cathédrale de
Chartres, qui abrite un ensemble remarquable de vitraux conservés depuis le
Moyen-Âge. Ils couvrent une surface totale de 2600 mètres carrés et le bleu est
leur couleur principale.
Cette représentation de la Vierge
à l’Enfant est en réalité une partie d’un vitrail plus ancien. Elle
échappa miraculeusement au terrible incendie de 1194, qui détruisit presque
toutes les verrières. On l’enchâssa alors dans la nouvelle verrière et on lui
donna une place d’honneur au centre du chœur de la nouvelle cathédrale
gothique.
On distingue aisément la
différence entre le « bleu de Chartres », très subtil et
lumineux, qui compose la robe de la Vierge Marie, et le bleu gothique plus
sombre des tableaux du pourtour. Ce premier bleu, presque irréel, fut mis au
point sur le chantier de la basilique Saint-Denis, au début du XIIe
siècle. La couleur était alors obtenue à l’aide de cobalt, un métal très
coûteux et précieux. Dans la suite, la composition chimique changea, ce qui
rendit les bleus moins éclatants mais toujours aussi utilisés.
« Couleur promue, couleur mariale, couleur royale »
Michel Pastoureau
Pourquoi cette appétence nouvelle
pour le bleu à cette époque ? On le rencontre en effet très peu
dans l’Antiquité, si ce n’est pour les ornements égyptiens, comme le célèbre
masque de Toutankhamon. Le bleu n’avait pas bonne réputation et il n’en pas
fait mention dans les textes grecs ou latins. D’ailleurs, pour désigner cette
couleur en français, il a fallu aller chercher un mot arabe (azur) ou
barbare (blao en vieux francisque).
Dans cette période si foisonnante qu’était
le Moyen-Âge, le choix du bleu fut avant tout symbolique : il évoquait le
ciel, donc la transcendance et le monde céleste. La rareté des pigments bleus [1]
les réservait, dans l’iconographie, aux figures les plus saintes, et en premier
lieu la Vierge Marie. Les rois capétiens consacrèrent rapidement le royaume de
France à Notre-Dame, dès Louis VII, couronné en 1137. Ils en adoptèrent alors
les couleurs : le bleu et les fleurs de lys, symbole de pureté.[2]
« Couleur iconographique de
la Vierge, couleur emblématique du roi de France et du roi Arthur, couleur
symbolique de la dignité royale, couleur à la mode et désormais de plus en plus
fréquemment associée par les textes littéraires à l’idée de joie, d’amour, de
loyauté, de paix et de réconfort, le bleu devient à la fin du Moyen Age, pour
certains auteurs, la plus belle et la plus noble des couleurs. » [3]
La couleur bleue fut depuis lors associée à la Vierge Marie dans toute
l’iconographie chrétienne des siècles qui suivirent.
On retrouve le bleu du manteau de la Vierge, et le lys tenu par l’ange de l’Annonciation ; les deux sont également présents sur le blason de France.
Il est émouvant de constater que,
si cette mode du bleu pour la Vierge Marie semble être une construction toute
humaine, Notre-Dame elle-même a repris ce signe lors de ses apparitions, pour
bien se faire reconnaître. C’est là toute sa sollicitude maternelle, qui adopte
les manières de ceux à qui Elle veut s’adresser. Ainsi elle apparut en 1871 aux
enfants du village de Pontmain vêtue d’une robe bleue étoilée. A Lourdes, elle
portait également une ceinture bleue.


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