Saintes Perpétue et Félicité, martyres à Carthage
Deux jeunes mères, l’une esclave et l’autre femme libre, sont mortes ensemble sous les persécutions de l’empereur Septime Sévère. Unies à jamais dans la mémoire de l’Eglise, elles témoignent de leur attachement au Christ.
| Félicité et Perpétue dans
le cortège des martyrs, mosaïque du VIe s. de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne (Italie). |
Ce récit
si vivant, c’est Perpétue elle-même qui l’écrit. Âgée de 22 ans et jeune mère
d’un petit garçon, elle est issue d’une famille de notables, et vit à Thuruba
Minus près de Carthage. Elle a demandé le baptême et fait partie d’un groupe de
catéchumènes avec quelques compagnons, dont l’esclave Félicité. Mais l’empereur
Septime Sévère publie en 202 un édit punissant de mort toute conversion au
christianisme. Tous sont immédiatement arrêtés et condamnés.
‘‘Je ne sacrifierai pas. Je suis chrétienne.’’
Félicité est
enceinte et accouche en prison, trois jours seulement avant son
supplice. A un soldat qui raille ses gémissements de douleur lors de la
délivrance : « Que feras-tu quand tu seras exposée aux bêtes, si
tu te plains déjà ? », elle répond admirablement : « Maintenant,
c’est moi qui souffre ce que je souffre. Mais, là-bas, un autre sera en moi qui
souffrira en moi, parce que c’est pour lui que je souffrirai. »
Perpétue a
plusieurs songes dans lesquels elle entrevoit son martyre et reçoit du
Christ la palme de la victoire et le baiser de paix. Elle fait également preuve
d’une grande habileté en soulignant les incohérences de ses accusateurs :
les organisateurs des jeux voulant déguiser selon l’usage les condamnés en
adorateurs de dieux païens, elle refuse en argumentant que la condamnation par
les autorités implique de reconnaître et accepter les condamnés pour ce qu’ils
sont : des chrétiens, et donc de ne pas les grimer. Elle obtient gain de
cause.[2]
Les deux jeunes
femmes sont livrées à la charge d’une vache furieuse dans l’amphithéâtre
de Carthage. Sous la violence du choc, Félicité s’effondre, mais Perpétue la
relève et la soutient. Elles sont radieuses : « Leur visage était
rayonnant et d’une grande beauté. Il était marqué non de peur mais de
joie. » Le public, dégoûté de cette torture honteuse, demande leur
mise à mort rapide. Elles s’enlacent et s’embrassent avant d’être achevées par
le bourreau.
Le martyre
commun de Perpétue et Félicité marque les premiers chrétiens, dont saint
Augustin qui s’émeut de leurs noms prédestinés : « Perpétuelle
Félicité sont à la fois les noms de ces deux femmes et la récompense de tous
les martyrs… Que servirait la Perpétuité sans la Félicité ? et sans la
Perpétuité la Félicité ne serait que passagère. » Les martyrs sont la
vie de l’Eglise, et saint Augustin relève le courage particulier dont ont fait
preuve ces femmes : « La couronne est plus glorieuse quand le sexe
est plus faible… Combien elles avaient raison de se tenir intimement unies à
l’Epoux unique à qui l’unique Eglise se présente comme une vierge
chaste ! »[3]
Ì
[1]
« Passion de Perpétue et Félicité »,
trad. France Quéré, Le
livre des martyrs chrétiens, Centurion, Paris, 1988, p. 72.
[2] Cf. Maurice Testard. « La Passion des saintes Perpétue et Félicité. Témoignages sur le monde antique et le christianisme ». Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1991. pp. 56-75.
[3] Saint Augustin, Sermons 281 et 282.
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