Saintes Perpétue et Félicité, martyres à Carthage

Deux jeunes mères, l’une esclave et l’autre femme libre, sont mortes ensemble sous les persécutions de l’empereur Septime Sévère. Unies à jamais dans la mémoire de l’Eglise, elles témoignent de leur attachement au Christ.

Félicité et Perpétue dans le cortège des martyrs,
mosaïque du VIe s. de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne (Italie).


« Un jour, en plein repas, on nous entraîne soudain au tribunal. Nous arrivons au forum. La nouvelle s’en répand rapidement dans les quartiers voisins ; il y eut bientôt foule. Nous montons sur l’estrade. On interroge les autres, qui confessent leur foi. Mon tour arrive, quand brusquement apparaît mon père, portant mon fils dans les bras. 
Il me tire de ma place et me dit : ‘‘Aie donc pitié de l’enfant !’’ 
Le procurateur Hilarianus, qui avait le droit du glaive, à son tour insista : ‘‘Prends en pitié les cheveux blancs de ton père, le tendre âge de ton enfant, sacrifie pour le salut des empereurs.’’ 
Moi je réponds : ‘‘Je ne sacrifierai pas.’’ 
Hilarianus : ‘‘Es-tu chrétienne ?’’ 
Je lui réponds : ‘‘Je suis chrétienne.’’ 
Mon père restait à mes côtés pour me fléchir. Hilarianus donna un ordre : on chassa mon père et on le frappa d’un coup de verge. Ce coup m’atteignit, comme si c’était moi qu’on eût frappée. Je souffrais de sa vieillesse et de sa souffrance. Alors le juge prononça la sentence : nous étions tous condamnés aux bêtes. Et nous partîmes tout heureux vers la prison. »[1]

Ce récit si vivant, c’est Perpétue elle-même qui l’écrit. Âgée de 22 ans et jeune mère d’un petit garçon, elle est issue d’une famille de notables, et vit à Thuruba Minus près de Carthage. Elle a demandé le baptême et fait partie d’un groupe de catéchumènes avec quelques compagnons, dont l’esclave Félicité. Mais l’empereur Septime Sévère publie en 202 un édit punissant de mort toute conversion au christianisme. Tous sont immédiatement arrêtés et condamnés.

‘‘Je ne sacrifierai pas. Je suis chrétienne.’’ 

Félicité est enceinte et accouche en prison, trois jours seulement avant son supplice. A un soldat qui raille ses gémissements de douleur lors de la délivrance : « Que feras-tu quand tu seras exposée aux bêtes, si tu te plains déjà ? », elle répond admirablement : « Maintenant, c’est moi qui souffre ce que je souffre. Mais, là-bas, un autre sera en moi qui souffrira en moi, parce que c’est pour lui que je souffrirai. »

Perpétue a plusieurs songes dans lesquels elle entrevoit son martyre et reçoit du Christ la palme de la victoire et le baiser de paix. Elle fait également preuve d’une grande habileté en soulignant les incohérences de ses accusateurs : les organisateurs des jeux voulant déguiser selon l’usage les condamnés en adorateurs de dieux païens, elle refuse en argumentant que la condamnation par les autorités implique de reconnaître et accepter les condamnés pour ce qu’ils sont : des chrétiens, et donc de ne pas les grimer. Elle obtient gain de cause.[2]

Vue actuelle de l’amphithéâtre de Carthage.

Les deux jeunes femmes sont livrées à la charge d’une vache furieuse dans l’amphithéâtre de Carthage. Sous la violence du choc, Félicité s’effondre, mais Perpétue la relève et la soutient. Elles sont radieuses : « Leur visage était rayonnant et d’une grande beauté. Il était marqué non de peur mais de joie. » Le public, dégoûté de cette torture honteuse, demande leur mise à mort rapide. Elles s’enlacent et s’embrassent avant d’être achevées par le bourreau.

Le martyre commun de Perpétue et Félicité marque les premiers chrétiens, dont saint Augustin qui s’émeut de leurs noms prédestinés : « Perpétuelle Félicité sont à la fois les noms de ces deux femmes et la récompense de tous les martyrs… Que servirait la Perpétuité sans la Félicité ? et sans la Perpétuité la Félicité ne serait que passagère. » Les martyrs sont la vie de l’Eglise, et saint Augustin relève le courage particulier dont ont fait preuve ces femmes : « La couronne est plus glorieuse quand le sexe est plus faible… Combien elles avaient raison de se tenir intimement unies à l’Epoux unique à qui l’unique Eglise se présente comme une vierge chaste ! »[3]  Ì



[1] « Passion de Perpétue et Félicité », trad. France QuéréLe livre des martyrs chrétiens, Centurion, Paris, 1988, p. 72.

[2] Cf. Maurice Testard. « La Passion des saintes Perpétue et Félicité. Témoignages sur le monde antique et le christianisme ». Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1991. pp. 56-75.

[3] Saint Augustin, Sermons 281 et 282.


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