Élisabeth Vigée-Le Brun, royale portraitiste
Un petit message à tous les visiteurs de ce blog, avant de vous plonger dans la vie de madame Vigée, permettez-moi de vous souhaiter une merveilleuse année 2026 !
Ses portraits de Marie-Antoinette, comme celui représenté plus bas, et de diverses figures de la cour sont si célèbres que vous les connaissez sans doute déjà, peut-être sans savoir que leur auteur est une femme de talent : Élisabeth Vigée-Le Brun, dont voici l’histoire.
La petite Louise Élisabeth Vigée naît en 1755 à Paris dans une famille d’origine modeste. Son père, pastelliste, est son premier maître, et s’extasie devant le talent précoce de sa petite fille : « Tu seras peintre mon enfant, ou jamais il n’en sera ! » Elle reçoit une excellente éducation chez les sœurs du couvent de la Trinité dans le faubourg Saint-Antoine, ce qui lui permettra ensuite d’être à l’aise dans les milieux sociaux les plus élevés. A onze ans, elle retourne vivre chez ses parents mais a la grande douleur de perdre son père bien-aimé un an plus tard. Le deuil est difficile et elle se réfugie dans les passions qu’il lui avait transmises : la peinture, le dessin et le pastel. Sa mère se remarie rapidement avec un joaillier fortuné, avec lequel Élisabeth s’entend mal.
Elle poursuit donc sa formation, d’abord auprès d’un peintre ami de son défunt père, et de fil en aiguille est remarquée par des artistes en vue : Joseph Vernet et Jean-Baptiste Greuze, qui la conseillent volontiers. Élisabeth est insatiable : elle passe son temps à étudier et copier les chefs-d’œuvre des plus grands artistes, pour comprendre leur technique et ainsi parfaire son art.
« On pouvait exactement me comparer à l’abeille, tant j’y récoltais de connaissances… »
Toute sa vie, elle n’aura de cesse de travailler ce don qu’elle a reçu. Sensible et délicate, elle se spécialise dans l’art du portrait, qui est particulièrement difficile : les traits doivent bien sûr être ressemblants, tout en gommant les imperfections, mais il s’agit surtout de mettre en lumière la personnalité et le caractère du modèle.
1776 est une grande année pour Élisabeth : elle se marie avec Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, marchand de tableaux, qui devient son agent. Malheureusement, c’est un homme libertin et joueur, et elle le fuira bientôt. Mais c’est surtout l’année de son entrée à la Cour du jeune roi Louis XVI, qui lui ouvre la porte des plus grands. Elle devient deux ans plus tard le peintre officiel de la reine Marie-Antoinette, dont elle réalise une vingtaine de portraits. La reine apprécie son art « au naturel », qui privilégie les vêtements et attitudes simples, dans un cadre familial, plein de tendresse, loin de l’affectation de la Cour.

Marie-Antoinette à la rose (Versailles, 1783).
Sa réussite la grise un peu et elle se laisse prendre aux excès d’une vie trop facile : soupers somptueux, mondanités, séduction… Il est triste de constater que la célébrité ne va pas souvent de pair avec une vie vertueuse ! Mais cela ne durera pas, car la révolution gronde.
Élisabeth fuit Paris la nuit du 5 octobre 1789, seule avec sa fille âgée de neuf ans et seulement vingt francs en poche. Elle s’arrête d’abord à Rome, puis à Venise, puis à Vienne en Autriche où elle bénéficie de la protection impériale en tant qu’ancienne portraitiste de Marie-Antoinette. Elle se rend également en Russie ; c’est là que sa fille se marie à un pétersbourgeois, ce qui est un grand déchirement pour elle. Partout, elle connaît un grand succès et brosse le portrait des grands d’Europe.
Elle ne revient à Paris qu’en 1802, très ébranlée par les évènements récents. « Je n’essaierai point de peindre ce qui se passa en moi lorsque je touchai cette terre de France que j’avais quittée depuis douze ans : la douleur, l’effroi, la joie qui m’agitaient tour à tour […] Je pleurais les amis que j’avais perdus sur l’échafaud ; mais j’allais revoir ceux qui me restaient encore. » Elle a du mal avec le nouveau régime impérial et se réjouit du retour de Louis XVIII, qu’elle suit en exil en Angleterre.
Après divers déboires, elle finit par revenir et s’installe en 1809 à Louveciennes. Sa fille meurt dans la misère en 1819 et son jeune frère en 1820. Affectée, elle ne peindra plus de portraits, mais ne délaisse pas son pinceau pour autant. Elle voyage et peint tout ce qu’elle voit : bâtiments, couchers de soleil, montagnes…
je crois même qu'elle n'a fait que s'accroître avec le temps ;
car, encore aujourd'hui, j'en éprouve tout le charme,
qui ne finira, j'espère, qu'avec ma vie. »
A la fin de sa vie, elle perd la vue à la suite d’attaques cérébrales et meurt en 1842. Sa pierre tombale de marbre blanc porte l’épitaphe : « Ici, enfin, je repose… » Auteur de centaines de tableaux, elle est la plus grande portraitiste de son temps et on ne peut qu’être frappé par la justesse avec laquelle elle parvient à nous rendre vivantes ces personnes disparues depuis longtemps.




Commentaires
Enregistrer un commentaire