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Affichage des articles du décembre, 2024

Couleurs de ciel

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On ne regarde pas souvent le ciel sur les tableaux de maître, car c’est l’arrière-plan et qu’on se concentre plutôt sur la scène représentée. Pourtant, il donne bien du fil à retordre au peintre !   D ans le roman La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier, le peintre Vermeer demande à sa servante Griet (qui servira de modèle au célèbre tableau représenté ci-dessous) :  « De quelle couleur sont ces nuages ? - Ils sont blancs, bien sûr, Monsieur. » Il parut un peu étonné. « Vous trouvez ? » Je les regardai à nouveau.  « Et gris aussi. Peut-être va-t-il neiger. » « J’y vois du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert ! » Je les montrai du doigt, excitée que j’étais. Toute ma vie, j’avais vu des nuages mais j’eus à cet instant l’impression de les découvrir. Vue de Delft (1659-1660). Vermeer, célèbre pour ses scènes de genre comme La laitière, La dentellière, L’astronome ou La jeune fille à la perle, attachait u...

La pastorale des santons de Provence

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L’ange Boufaréou, l’aveugle, le boumian et le meunier, Vincent et Mireille, le bègue et Pistachié le peureux… Tous ces personnages hauts en couleur sont inspirés de la vie provençale. Mais d’où vient la tradition des santons ? S aint François a inventé la crèche, avec la Sainte Famille, l’âne et le bœuf, les bergers, les mages. Tout vient, si l’on peut dire, en direct de l’Evangile ! La crèche se popularise en France au début du XVIIe siècle, dans le sillage de la Contre-Réforme qui veut toucher les sens pour donner l’accès aux choses divines au plus grand nombre.   Ce n’est qu’après la Révolution que les santons d’argile moulés naissent à Marseille, car ils étaient auparavant faits de bois ou de plâtre. Ils se répandent rapidement dans la région, chez les particuliers, alors que les crèches n’étaient jusque-là présentes que dans les églises. L’ajout des figures locales se fait au fur et à mesure, comme l’explique Marcel Carbonel, célèbre santonnier marseillais :  « La cr...

Un bien étrange instrument

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Menons l’enquête au pays des anges musiciens. L a cathédrale du Mans contient, entre autres merveilles, une chapelle peinte en 1377 de fresques murales et représentant quarante-sept anges musiciens dont quinze jouent d’un instrument. Une thématique assez classique ; emmenez-y des enfants, ils s’amuseront volontiers à reconnaître les différents instruments et à les nommer à leur manière.  Cependant, l’un d’entre eux (voir illustration ci-dessus) échappera à leur sagacité… et pour cause : on dirait que l’ange en question a confondu la louange divine avec une soirée jeux de société, en y apportant son plateau de jeu d’échecs !  L’hypothèse d’une touche d’humour du peintre est bien vite éliminée car on remarque la présence d’un second ange portant un échiquier, cette fois représenté sur un vitrail de la baie nord de la cathédrale (1430-1435).  La conclusion s’impose : cet échiquier est donc réellement un instrument de musique . Comment se jouait-il ? Il semblerait, même ...

Perdu dans les labyrinthes

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 Jeu ou voie initiatique, lieu piégé ou itinéraire tracé, le labyrinthe a de multiples significations qui se sont développées selon les époques. Petit guide pour se retrouver dans les méandres de ses chemins ! Le labyrinthe de Chartres (début XIIIe siècle). E n entrant dans la cathédrale de Chartres , le pèlerin découvrait au sol un étonnant labyrinthe de pierre, au chemin tortueux. Invité à le parcourir à genoux, il y entrait en se dirigeant vers le centre mais était vite détourné par de nombreuses sinuosités, avant d’arriver enfin au cœur qui portait la figure du Christ rédempteur. Ce chemin symbolique représente celui du chrétien : parfois éloigné du Sauveur, l’ayant même perdu de vue, il ne doit pas se décourager. Le parcours est long, on dit qu’on y mettait le même temps que pour marcher une lieue ! Sa particularité est qu’il n’a qu’une seule possibilité, il n’y a pas de pièges ou d’impasses. Le message est donc plein d’espérance : pour qui persévère et continue d’avancer, le ...