Berthe Morisot, ou la clarté impressionniste

Lune des rares femmes de l’aventure impressionniste s’était spécialisée dans la peinture de l’univers familial et intime, avec son regard délicat et tendre.


Le berceau, musée d’Orsay, 1872.


Edma, la sœur aînée de l’artiste, vient d’avoir son premier enfant, et contemple, attentive, le sommeil du nourrisson. Voilà le thème choisi par Berthe Morisot pour l’œuvre qu’elle présentera à la première exposition des peintres impressionnistes, en 1874. [1]  Déjà, sa délicatesse est remarquée, fruit d’une technique éprouvée : « La façon dont Berthe peint cette enfant avec des blancs détrempés, des gris frottés et des petits points roses parsemés sur le bord du tissu suppose un pinceau extraordinairement libre qui contraste avec les traits bien dessinés de la mère. » 

Artiste-peintre de grand talent, Berthe Morisot, née en 1841, a reçu avec ses sœurs une éducation raffinée, car son père est un grand amateur d’art. Elles réclament des cours de peinture en plein air, méthode originale d’enseignement, bien loin des ateliers académiques qui les ennuient. La famille s’installe à la campagne pour les vacances, et les jeunes filles passent leur été à peindre. Cela ne se fait pas sans mal, car Berthe est fragile psychologiquement et si passionnée qu’elle s’acharne au travail pour ne pas sombrer. On ne sait d’ailleurs pas grand-chose de ses œuvres de jeunesse, car elle les a malheureusement toutes détruites.

 « Plus on veut, mieux on veut, au moral comme au physique.
Il est grandement temps d’agir, de considérer la minute présente comme la plus importante des minutes. »
 
(1862)


Cache-cache, 1873.

Elle se fait tout de même connaître dans les milieux artistiques de l’époque et expose dans divers salons. La trentaine est pour elle une période de plein épanouissement ; elle va travailler dans la propriété de sa sœur, sur les bords de l’Oise, et s’inspire de la vie champêtre dans des scènes bucoliques. Edma ayant arrêté de peindre après son mariage, Berthe n’a pas grande envie de se marier, mais finit par épouser en 1874 un homme qui lui permettra de poursuivre sa carrière : Eugène Manet, frère d’Edouard, peintre également. Les deux époux ont cette passion de l’art en commun et s’influencent l’un l’autre. Cependant, Berthe développe son propre style : une palette plus claire, des tons lumineux, des modèles du quotidien. Voici ce qu’écrit un critique : « Les formes sont toujours vagues dans les tableaux de Mme Morisot, mais une vie étrange les anime. L’artiste a trouvé le moyen de fixer les chatoiements, les lueurs produites sur les choses et l’air qui les enveloppe… le rose, le vert pâle, la lumière vaguement dorée, chantent avec une harmonie inexprimable. »

Elle a une personnalité insondable, très introvertie, comme elle le confesse à la fin de sa vie : « J’ai toujours eu beaucoup de peine à me détacher des lieux, des personnes, et même des bêtes et le plus joli c’est qu’on me croit l’insensibilité même ! » Pourtant, quand on regarde ses peintures, on est saisi par la lumière et l’harmonie des couleurs, signe d’une attention extrême portée à ce qui l’entoure. L’écrivain Paul Valéry, qui épousa sa nièce, dira plus tard d’elle : « La singularité de Berthe Morisot fut de vivre sa peinture et de peindre sa vie, comme si ce lui fut une fonction naturelle et nécessaire, liée à son régime vital, que cet échange d’observation contre action, de volonté créatrice contre lumière. » Malade, Berthe Morisot meurt en 1895 à 54 ans seulement. Sa fille unique, Julie, aura toute sa vie à cœur de faire connaître cette œuvre remarquable. Ì

Fillette lisant, 1888. 

Les plus belles collections de tableaux de Berthe Morisot sont visibles au musée d’Orsay et au musée Marmottan-Monet à Paris.


[1] Cette célèbre exposition regroupa les œuvres des peintres « refusés » des salons officiels, comme Cézanne, Monet, Sisley, Renoir… cela marqua le début du mouvement impressionniste.

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