Certaines femmes ont la douleur d’être mariées à un athée. Elles aiment pourtant leur époux, mais la solitude dans la foi est souvent lourde à porter. C’est le cas d’Élisabeth Leseur, dont la vie de sacrifices a porté un fruit inattendu.
« Cette vie, je l’ai consacrée à Dieu ;
je me suis donnée à lui
dans un élan de tout mon être ;
j’ai ardemment prié pour ceux que j’aime,
pour celui que j’aime par-dessus tout… »
Parisienne, Pauline Élisabeth Arrighi naît en 1866 dans une famille bourgeoise profondément croyante. Elle épouse Félix Leseur l’année de ses 23 ans. Plus âgé, il aime énormément sa femme, dont il apprécie tout particulièrement la conversation « vive, primesautière, pas banale ». Élisabeth est en effet une femme intelligente et agréable, et elle forme avec « Félix le magnifique », comme le surnomment ses amis, un couple très amoureux et rayonnant dans le milieu intellectuel. Ensemble, ils aiment lire, voyager, et goûter aux plaisirs du Paris de la Belle Époque : concerts, soirées, bals, réceptions…
Tout semble aller pour le mieux ! Et pourtant, Élisabeth porte de lourdes croix : malgré une éducation catholique, Félix est devenu athée et anticlérical, et n’aura de cesse d’essayer de la détourner de sa foi. Il le raconte lui-même : « Je me mis à attaquer sa croyance, m’appliquai à la lui enlever, et je faillis y réussir. » Pour ne rien arranger, elle tombe gravement malade et apprend qu’elle ne pourra pas avoir d’enfants.
Dix ans après son mariage, Élisabeth ne sait plus où elle en est. Mais la Providence veille ! Son mari lui fait lire le livre de trop : censé parachever sa déchristianisation, il la dégoûte des thèses agnostiques et elle se replonge en secret dans les Évangiles. Elle développe alors une vie intérieure riche et profonde, tout en gardant en apparence le même quotidien : elle accompagne toujours son mari aux diverses mondanités auxquelles il est convié, s’attache à être aimable avec tous, et conserve envers lui respect, tendresse et une réelle admiration.
Saint Germain des Prés, l’église de leur mariage.
La spiritualité d’Élisabeth consiste à offrir ses douleurs et vexations pour la conversion de son mari et de ses amis anticléricaux. Voici comment elle voit sa mission : « Mon amabilité, ma charité serviront, Dieu aidant, à rapprocher les cœurs de ce si bon Dieu ; la souffrance me servira à Lui conquérir, ma prière à les Lui donner. Ou plutôt c’est Lui qui fera cette œuvre bénie de conversion, de sanctification au moyen de ma prière, de mes épreuves et de mes humbles efforts charitables. »
Élisabeth et Félix Leseur vers 1910.
Elle est particulièrement active dans les cercles intellectuels, attentive à apporter aux plus éloignés de la foi « une douceur tranquille, une fermeté d’accent » et surtout veillant à « ne jamais capituler sur les principes, mais avoir pour les personnes une mansuétude, une indulgence extrêmes. » Elle s’occupe aussi des malades, et catéchise les enfants de son entourage. La maladie, un cancer généralisé, vient cependant mettre un terme à sa vie terrestre, en 1914.
C’est à ce moment que son mari, mettant de l’ordre dans ses papiers, découvre son Testament spirituel, qui lui est adressé : « Sois chrétien et sois apôtre. […] Aime les âmes : prie, souffre et travaille pour elles. » Quel choc ! En 1919, Félix entre dans l’Ordre dominicain et devient prêtre. Il aura tout le restant de sa vie à cœur de faire connaître l’étonnant parcours spirituel de son épouse. C’est un bel exemple de fidélité et de fécondité conjugale, au ciel et sur la terre !
Élisabeth Leseur est servante de Dieu et son procès en béatification est ouvert.
Prière datée du 18 juillet 1912.
« Mon Dieu, je dépose à vos pieds mon fardeau de souffrance, de tristesses, de renoncements ; j'offre tout par le Cœur de Jésus, et demande à votre Amour de transformer ces épreuves en joie et en sainteté pour ceux que j'aime, en grâces pour les âmes, en dons précieux pour votre Eglise. Dans cet abîme d'accablement physique, de dégouts et de lassitude morale, de ténèbres où Vous m'avez plongée, laissez passer une lueur de votre triomphante clarté. Ou plutôt (car les ténèbres de Gethsémani et du Calvaire sont fécondes), faites servir tout ce mal au bien de tous. Aidez-moi à cacher le dépouillement intérieur et la pauvreté spirituelle sous la richesse du sourire et les splendeurs de la charité. Lorsque la Croix se fait plus lourde, mettez votre douce main sous le fardeau posé par Vous-même sur mon âme et sur mon corps endolori. Seigneur, je Vous adore et suis encore, toujours votre débitrice, puisque en divin contre-pied à mes souffrances Vous avez mis l'Eucharistie et le Ciel. Ainsi soit-il. »
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