Gaud, entre l'amour et la mer


Margaret Campbell Mac Pherson (1860-1931), Bretonne devant la Baie


« De loin, tout paraît toujours si facile, si simple à dire et à faire. »


Marguerite, dite Gaud, est originaire de Paimpol, petit port breton de la côte nord, mais a grandi à la ville après la mort précoce de sa mère. Devenue une « demoiselle », elle rentre au pays. Là, elle souffre du regard des autres, car elle sent bien que son statut de citadine l’a éloignée des gens du village. Elle rencontre un garçon de son âge, Yann, un islandais – ces pêcheurs partaient plusieurs mois par an pêcher en Islande. Il ne semble avoir d’yeux que pour la mer :

« Moi !... Un de ces jours, oui, je ferai mes noces – et il souriait, ce Yann, toujours dédaigneux, roulant ses yeux vifs – mais avec aucune des filles du pays ; non, moi, ce sera avec la mer, et je vous invite tous, ici tant que vous êtes, au bal que je donnerai… »

Toute l’histoire est centrée autour de la vie de ces deux-là, rude et laborieuse, lui à la pêche et elle au logis. Séparés la plupart du temps, ils ont du mal à se rapprocher et leur relation évolue très lentement. Tandis que son amour mûrit, Gaud ne se morfond pas et creuse son affection par des gestes charitables à l’égard de ceux qu’elle côtoie. Elle va même jusqu’à s’installer chez une vieille dame du village pour s’occuper d’elle après la mort de son petit-fils. Ainsi, son amour devient de plus en plus assuré, presque universel.

Elle l’aimait assez pour oser le lui avouer en face. Elle lui dirait : « Vous m’avez cherchée quand je ne vous demandais rien ; à présent, je suis à vous de toute mon âme si vous me voulez ; voyez, je ne redoute pas de devenir la femme d’un pêcheur, et cependant, parmi les garçons de Paimpol, je n’aurais qu’à choisir si j'en désirais un pour mon mari ; mais je vous aime, vous, parce que, malgré tout, je vous crois meilleur que les autres jeunes hommes ; je suis un peu riche, je sais que je suis jolie ; bien que j’aie habité dans les villes, je vous jure que je suis une fille sage, n’ayant jamais rien fait de mal alors, puisque je vous aime tant, pourquoi ne me prendriez-vous pas ? »

Que fera Yann ? Vous le saurez en lisant cette belle histoire, entre mer et terre.

Pêcheur d’Islande, Pierre Loti, 1886.

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