Manie de la tulipe !

Au milieu du XVIIe siècle, en Hollande, l’engouement autour de cette fleur considérée maintenant comme modeste et courante, la tulipe, a pris une ampleur démesurée.


Jean-Léon Gérôme, Folie tulipière, 1882. 
Des soldats sont payés à garder les champs de tulipes pour éviter les vols !



Au plus fort de cet étonnant épisode appelé la Tulipomanie, un seul bulbe de tulipe se négociait plus de dix fois le montante du salaire annuel d'un ouvrier ! Pas étonnant que la tulipe ait été utilisée par la  suite comme symbole de la vanité : payer autant pour un objet aussi périssable qu'une fleur révèle bien la vacuité de l'âme humaine, décrite dans l'Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout n’est que vanité… ».

Philippe de Champaigne, Vanitas
ou Allégorie de la vie humaine, 1646.

Mais pourquoi donc les hollandais se sont-ils pris de passion pour la tulipe ? C’est justement au XVIIe siècle que l’art du fleurissement des jardins a éclos dans le nord de l’Europe. Jusque-là cantonnés aux espèces locales comme les roses, lys, iris, pivoines, giroflées et œillets, les jardiniers ont vu l’apparition de plusieurs dizaines d’espèces nouvelles à cette époque. La tulipe en fait partie, venue de Constantinople, acclimatée à Leyde et ensuite répandue dans les jardins des bourgeois fortunés.

Les gens se passionnent pour la création d’hybrides aux couleurs nouvelles : on connaît la quête de la célèbre tulipe noire, cette fleur aux pétales uniformément charbonneux, très difficile à obtenir. Les espèces aux pétales flammés ont également beaucoup de succès, car on ne comprend pas d’où vient cette particularité très esthétique. On le sait maintenant, cela est dû à la présence d’un potyvirus (sorte de virus atteignant uniquement les végétaux) dans le bulbe, mais la botanique est alors une science encore très expérimentale ! La culture de la tulipe n’est pas simple et les espèces les plus recherchées sont donc précieuses et rares.

Une tulipe flammée dans un catalogue de 1637. Le prix indiqué est de 3000 à 4200 florins.
Pour donner une idée, 4 tonneaux de bière coûtent 32 florins, ou un moutons gras 10 florins.

Heureusement, la crise ne dure pas, et les prix reprennent rapidement un cours normal. Certains citent même cet épisode comme étant la première bulle spéculative de l’histoire ! Mais l’étude économique du phénomène montre que son impact a finalement été assez limité, le commerce des tulipes se faisant entre négociants et clients fortunés.

L’intérêt pour la tulipe reste en revanche bien vivant aux Pays-Bas, et on associe volontiers son image à celle du pays, avec les moulins à vents et la faïence bleue de Delft. A chaque printemps, les sociétés florales exposent leurs créations au Keukenhof, c’est alors une explosion de couleurs dans ce parc remarquable, situé entre Leyde et Haarlem.

Et vous, avez-vous planté des tulipes dans votre jardin ce printemps ?

Le Keukenhof.



Où admirer des parterres de tulipes sans quitter la France ?

Domaine de Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher)
Château de Cheverny (Loir-et-Cher)
Château de Vendeuvre (Calvados)
Giverny, dans le jardin de Claude Monet (Eure)
Château du Rivau (Val-de-Loire)
Château de Fontainebleau (Seine-et-Marne)

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