La comtesse de Ségur, grand-mère modèle

Les rayonnages de la Bibliothèque Rose regorgent de romans de la comtesse de Ségur, dont certains sont connus de tous comme Les malheurs de Sophie. Sous leur allure enfantine, la morale est très saine et les histoires remarquablement racontées : à mettre dans toutes les petites mains !


Sophie Rostopchine est née en Russie en 1799. Elle est issue d’une famille noble, et reçoit une excellente éducation. Son père, le comte Fiodor Rostopchine est maire de Moscou et possède le domaine de Voronovo, une vaste propriété où travaillent 4000 serfs. Sophie est une petite fille turbulente, corrigée sévèrement par sa mère qui lui inflige de dures punitions : privation de nourriture, enfermement, humiliations, coups. Cela la marque durablement et cette thématique reviendra souvent dans ses romans, comme Les malheurs de Sophie qui s'inspire directement de sa propre expérience. 

A treize ans, elle se convertit de l’orthodoxie au catholicisme contre l’avis de son père. Celui-ci est disgracié par le tsar après l’épisode de l’incendie de Moscou : le comte est accusé d’avoir fait brûler la ville pour repousser Napoléon et sa Grande armée qui étaient arrivés à ses portes en 1812. Cela lui avait attiré l’hostilité des habitants, même si la manœuvre avait été un succès militairement parlant.

Sophie arrive donc à Paris et épouse en 1819 le comte Eugène de Ségur par un mariage arrangé. Huit enfants naissent de cette union, mais elle n’est pas heureuse car Eugène est volage et mondain. Son père lui offre en 1822 le château des Nouettes où elle vit en reportant toute son affection sur ses enfants, et plus tard ses petits-enfants. Elle est de santé délicate, souffrant de violentes migraines et de crises nerveuses qui la laissent longtemps aphone. 


Le château des Nouettes (Orne).

Elle commence à écrire tardivement, après cinquante ans. Au départ, il s’agit de contes pour ses petits-enfants, mais ils intéressent rapidement l’éditeur Louis Hachette qui les publie dès 1855. Pour ses romans, elle s’inspire de personnes de son entourage, veillant à être la plus réaliste possible :

« N’écris que ce que tu as vu. »

Ainsi, elle précise dans une préface : « Mes Petites Filles modèles ne sont pas une création ; elles existent bien réellement : ce sont des portraits. La preuve en est dans leurs imperfections mêmes. Elles ont des défauts, des ombres légères qui font ressortir le charme du portrait et attestent l’existence du modèle. » 

Illustration pour les Petites Filles modèles.

Les histoires ont pour but de faire comprendre aux petits lecteurs combien il est dans leur intérêt d’être courageux et doux, par des exemples variés d’enfants issus de divers milieux qui ont la possibilité de se transformer au contact de modèles de vertu. C’est une pédagogie totalement nouvelle pour l’époque, qui fonctionne par attraction (du bien) plutôt que par crainte (des punitions). 

En 1866, après son veuvage, elle devient tertiaire franciscaine. Cette vocation tardive montre bien son profond attachement religieux qui transparaît dans la morale limpide de ses livres. Elle meurt à Paris à l’âge de soixante-quatorze ans, entourée de sa famille. Sur sa tombe est gravé le résumé de sa vie : 

« Dieu et mes enfants. »


Jeu.  Saurez-vous reconstituer ces quelques titres de livres de la comtesse de Ségur ?

      Les mémoires                                     d’une grand-mère

Les malheurs                                     de Gribouille

L’Auberge                                     de Sophie 

 La fortune                                     d’un âne    

     La sœur                                     de Grizelle

    Les caprices                                     de Gaspard     

               La Bible                                de l’ange gardien


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